Une école pour entrepreneurs à la sauce bien française

| 3 minutes de lecture |

Fleur Pellerin a annoncé la semaine dernière travailler sur un projet politique d’école pour entrepreneurs. Le projet, au stade de la réflexion, est ouvert à tous via une plate-forme d’échanges d’idées sur le site du ministère du redressement productif.

Parfois quand j’entends parler d’action gouvernementale pour le développement de l’entrepreneuriat je reste mitigé, je vais détailler ici mon propos.

Je suis heureux de voir l’Etat se préoccuper de l’entrepreneuriat et il est vrai que cela est de plus en plus vrai, la prise de conscience du politique à ce sujet est formidable  (à l’exception de quelques irréductibles …) : Merci et Bravo ! L’idée d’une concertation est excellente, encore bravo !
Cependant,  je suis aussi sidéré par le décalage incroyable qu’il existe entre ces actions et la réalité.

En fait je ne comprends pas complètement l’idée d’une école pour entrepreneurs : il existe un tas de formations universitaires, d’incubateurs, de réseaux d’accompagnement et de formations à destination des entrepreneurs ; Il suffit d’interroger google pour s’en rendre compte, que ça soit en terme de formation, de conseil ou de réseaux. Ils fonctionnent plus ou moins bien, certes. Mais alors pourquoi ne pas améliorer l’existant plutôt que de nous pondre toujours et toujours plus de nouvelles rustines ?! Certaines de ces initiatives déjà existantes sont de véritables fiasco, souvent les plus politiques d’entre elles. Mais l’Etat n’a pas à se substituer à l’ensemble de ces initiatives, c’est illusoire.

Favoriser l’entrepreneuriat c’est d’abord changer l’école actuelle, sensibiliser les jeunes, leur apprendre le risque et l’échec, valoriser ceux qui ne correspondent pas aux pseudo-moules du ministère (qui sont soit disant en échec … scolaire) !

Favoriser l’entrepreneuriat c’est d’abord améliorer le terreau dans lequel les entreprises évoluent (la réglementation et la fiscalité totalement incompréhensibles).

Favoriser l’entrepreneuriat c’est d’abord rendre visible et accessible l’existant en terme d’aide, de formation ou d’accompagnement ! Savez-vous que même le ministère du redressement productif est incapable de recenser les aides et dispositifs existants ?

Favoriser l’entrepreneuriat c’est arrêter de faire fuir ceux qui veulent investir dans des jeunes entreprises (bouh … finance, argent, mal, côté obscur, manichéisme, tout ça …).

 Bref que du bon sens, toujours du bon sens. Que l’Etat français envisage une école pour entrepreneurs sonne pour moi comme si les anglais venaient nous vendre une école de la gastronomie : ça ne tient pas la route. On peut lire sur le site dédié que le gouvernement fait un bien triste constat :

“tout ne s’apprend pas dans les cursus de formation « traditionnels » : on peut par exemple sortir d’une école de commerce ou d’une université sans forcément savoir quel statut juridique choisir pour sa start-up, ou comment négocier un contrat de prestation de services ;”

Honnêtement, choisir entre SARL et SAS quand on monte une start-up ça prend moins de 5 minutes et savoir négocier un contrat ne s’apprendra jamais sans faire de belles conneries sur ses premières négociations, pas besoin d’école.

“les créateurs d’entreprise potentiels n’ont pas nécessairement le diplôme, le temps, ou les moyens leur permettant de suivre une formation « traditionnelle » ;”

Alors rendons leur les formations “traditionnelles” (notez les guillemets …) accessibles et améliorons-les.

“en pratique seuls 23% des Français déclarent avoir suivi un cours de sensibilisation au cours de leur cursus.”

L’idée d’une France du tous entrepreneurs est un piège, ne tombons pas dans ces objectifs politiques sans aucun sens … bientôt le 85% d’une classe d’âge sensibilisée à l’entrepreneuriat ? Non, les chiffres ne sont pas toujours des arguments.
Bref, j’applaudis la volonté politique de Fleur Pellerin, j’applaudis les messages passés à la moulinette des services de communication mais … ne nous détournons pas du sujet, de l’essentiel, ne rajoutons pas encore et encore de nouveaux dispositifs là où les initiatives locales et nationales ont été nombreuses. La France n’a pas besoin d’une école pour entrepreneurs, elle a besoin d’une culture de l’entrepreneuriat ; c’est à dire savoir d’abord remettre en cause l’existant avant de vouloir innover.

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